îlot enherbé pour faire une pause dans le marais Audomarois

Le marais de Saint-Omer, ce n’est pas un simple coin de nature. C’est un monde suspendu entre terre et eau, entre passé et présent. Un territoire unique en France, où les canaux remplacent les routes, où les potagers flottent et où la barque a longtemps été la seule voiture. Dès qu’on y met les pieds (ou plutôt les rames), on sent que le temps s’écoule autrement.

Ce marais, c’est un bout de patrimoine vivant, façonné par des siècles d’histoire et une nature aussi généreuse que capricieuse. On y croise des oiseaux rares, des maraichers à l’ancienne, des maisons perdues entre les roseaux… et des légendes qui continuent de se raconter à la tombée du jour.

Une formation naturelle… puis façonnée par la main de l’homme

ancienne photo d'un maraîchers dans le marais de saint-omer (62)

Il y a plusieurs milliers d’années, le site qu’on connaît aujourd’hui comme le marais n’était qu’un vaste bassin d’eau douce. Résidu d’un ancien bras de mer, c’est en fait un ancien golfe comblé par les alluvions de la Lys et de l’Aa. La nappe phréatique est haute, l’eau s’infiltre partout, et sans intervention humaine, cette zone serait restée marécageuse et impraticable.

Tout change à partir du 7e siècle, avec l’arrivée des moines bénédictins de l’abbaye de Saint-Bertin à Saint-Omer. Ce sont eux qui vont entamer le grand chantier du marais : ils tracent les premiers canaux de drainage, appelés watergangs, pour assécher les terres et les rendre cultivables. Leur objectif ? Nourrir les populations, développer l’agriculture, et surtout… vivre en harmonie avec cette eau omniprésente.

Puis, au fil des siècles, on améliore le système : des écluses, des digues, des stations de pompage, et un vaste réseau d’entretien régulier. C’est ce qu’on appelle le système des wateringues (mot néerlandais qui veut dire cercle d’eau), qui contrôle encore aujourd’hui le niveau des eaux dans la région. Le marais n’est donc pas une zone sauvage laissée à elle-même : c’est une œuvre d’ingénierie… vieille de plus de 1 300 ans !

Où se situe le marais de Saint-Omer ?

Carte situant le marais de Saint-Omer dans le Pas-de-Calais et le Nord

Le marais de Saint-Omer, aussi appelé marais Audomarois, se trouve dans le département du Nord Pas-de-Calais (Hauts-de-France), à la frontière entre l’Artois et la Flandre intérieure. Il s’étend autour de la ville de Saint-Omer, à une trentaine de kilomètres de Dunkerque et à une heure de Lille ou Calais.

C’est un écrin de nature niché entre les plaines agricoles et les monts des Flandres. Facile d’accès, mais loin du tumulte. Une fois qu’on y entre, on oublie vite qu’on est encore dans le nord de la France.

Quelles communes composent le marais Audomarois ?

Plan du marais Audomarois avec les villages qui le composent

Le marais s’étale sur 15 communes. Certaines abritent des quartiers entiers noyés dans le réseau de canaux. Voici les principales :

Chaque village a sa propre relation au marais : certains sont maraîchers, d’autres résidentiels, et certains encore tournés vers le tourisme ou la protection environnementale.

Quelle est la taille du marais de Saint-Omer ?

Photo du marais de Saint-Omer vu du ciel, avec ses canaux et parcelles maraîchères

habité et exploité. Il représente :

  • 1/3 de marais cultivés (maraîchage, jardins, prairies)
  • 1/3 de zones humides naturelles (roseaux, bois flottants)
  • 1/3 de plans d’eau, canaux, rivières

Il comprend 700 km de voies d’eau (oui, oui !), dont certains bras d’eau sont plus larges que des routes, d’autres aussi étroits que des fossés.

Histoire du marais de Saint-Omer : repères chronologiques

moine creusant dans le marais audomarois

Quelques dates clés pour mieux comprendre son évolution :

    • VIIe siècle : arrivée des moines de l’abbaye de Saint-Bertin, début du drainage

 

    • Xe – XIIe siècles : multiplication des canaux (« watergangs »), premières cultures

 

    • XVIe siècle : naissance du maraîchage traditionnel

 

    • XVIIIe siècle : construction des wateringues (digues, vannes, pompes)

 

    • XXe siècle : apparition des moteurs thermiques pour les barques

 

    • 2013 : classement en Réserve de Biosphère par l’UNESCO

 

  • 2010 : essor du tourisme écoresponsable, barques à moteur électrique

Quels sont les labels du marais Audomarois ?

Ce coin de nature unique est richement labellisé :

logo UNESCO

UNESCO

Ce label prestigieux ne valorise pas seulement la richesse des paysages ou la biodiversité. Il récompense un équilibre rare entre nature et activités humaines.
Depuis 2024, il s’étend désormais à 113 communes, renforçant encore la reconnaissance mondiale de notre territoire.

La désignation UNESCO implique que le marais est :

  • un écosystème modèle où les hommes vivent et travaillent sans compromettre l’environnement,
  • un territoire d’expérimentation pour des pratiques agricoles, économiques et sociales durables,
  • un lieu d’éducation à la nature, à la préservation du patrimoine et à la transmission intergénérationnelle.

Le marais de Saint-Omer fait donc partie des rares territoires français à incarner cette philosophie de « vivre ensemble avec la nature ».

logo INPN

Inventaire National du Patrimoine Naturel

Ce label prestigieux ne valorise pas seulement la richesse des paysages ou la biodiversité. Il récompense un équilibre rare entre nature et activités humaines.
Depuis 2024, il s’étend désormais à 113 communes, renforçant encore la reconnaissance mondiale de notre territoire.

La désignation UNESCO implique que le marais est :

  • un écosystème modèle où les hommes vivent et travaillent sans compromettre l’environnement,
  • un territoire d’expérimentation pour des pratiques agricoles, économiques et sociales durables,
  • un lieu d’éducation à la nature, à la préservation du patrimoine et à la transmission intergénérationnelle.

Le marais de Saint-Omer fait donc partie des rares territoires français à incarner cette philosophie de « vivre ensemble avec la nature ».

logo natura 2000

Natura 2000

Zone Natura 2000. Ce label européen vise à protéger les espèces animales et végétales les plus menacées et leurs habitats. Dans le marais, il s’applique notamment aux roselières, aux prairies humides et aux zones de nidification d’oiseaux rares. Il interdit certaines pratiques agricoles destructrices, limite les aménagements, et favorise les actions durables.

logo parc naturel régional des caps et marais d'opale

Parc naturel régional des Caps et Marais d’Opale

Le marais de Saint-Omer constitue une pièce maîtresse de ce parc. Ce label valorise à la fois les paysages, la culture locale, les savoir-faire agricoles, le bâti traditionnel et l’accueil touristique respectueux. Il permet aussi un accompagnement technique et financier des habitants qui souhaitent s’engager dans la transition écologique.

Les bateaux traditionnels du marais

La bacôve

barque traditionnelle bacôve dans le marais de saint-omer

C’est la barque utilitaire par excellence : longue, large, à fond plat. Elle était utilisée pour transporter de lourdes charges : récoltes maraîchères (choux-fleurs, poireaux, carottes…), bottes de foin, bois, fumier, outils agricoles, et même des animaux. Les familles l’utilisaient aussi pour les déménagements, les livraisons au marché, ou les cérémonies (mariages, enterrements). Elle pouvait mesurer jusqu’à 9 mètres de long et nécessitait souvent deux personnes pour la manœuvrer (ou pour la tirer à la corde depuis les berges, méthode dite du halage).

L’escute

Barque traditionnelle escute exposée dans le marais de Salperwick

C’est la barque légère et maniable, la petite sœur de la bacôve. Elle servait pour les déplacements quotidiens, notamment pour aller d’une parcelle à l’autre ou rejoindre le bourg. Idéale en solo ou en duo, elle permettait de circuler facilement dans les watergangs étroits. Beaucoup de maraîchers en possédaient plusieurs, et certains jeunes apprenaient à ramer avec une escute dès leur plus jeune âge. Il fallait savoir ramer en silence, glisser entre les branches, éviter les roseaux. Un vrai savoir-faire !

Les outils anciens des maraîchers

Travailler dans un marais, ce n’est pas comme travailler dans un champ !

Les maraîchers ont toujours eu leurs outils spécifiques, pensés pour ce milieu humide et mouvant :
La fourche à marais : longue, robuste, parfaite pour manipuler les roseaux et le fumier
Le plantoir en bois : utilisé pour planter à la main dans les terres humides
La pelle bâtarde : large et lourde, pour recreuser les « becques » (petits canaux)
Le croc : indispensable pour la récolte des bottes de roseaux
La baguernette : un cercle en ferraille pour attraper le poisson dans les fossés
La greppe : un outil à long manche pour creuser et entretenir les fossés
• …et bien sûr, une bonne paire de bottes et l’équilibre d’un funambule !

La légende du marais

Marais Audomarois en automne avec des feuilles colorées et des reflets dorés dans l'eau.

Ah, le marais Audomarois… Il ne serait pas complet sans ses histoires à faire frissonner. La plus connue est celle de Marie Grouette : cette figure légendaire du marais, mi-sorcière, mi-esprit vengeur, hante les eaux sombres. Elle est connue pour tirer les enfants désobéissants par les pieds s’ils s’approchent trop des berges. Les anciens disaient : « Si tu n’es pas sage, Marie Grouette viendra te chercher ! » Elle personnifie la peur de l’eau et servait d’avertissement dans les familles du marais.

Ces récits sont souvent liés à des faits réels, exagérés avec le temps. Mais ils ajoutent une atmosphère unique, presque mystique, à ce paysage déjà envoûtant.

Anecdotes et vie quotidienne autrefois

Photo du facteur montrant la vie quotidienne dans le marais de Salperwick

Quelques pépites d’histoire vraie, racontées par les anciens :

  • Le facteur en barque : encore aujourd’hui, le courrier est distribué… sur l’eau.
  • L’école flottante : certains enfants de Salperwick devaient ramer pour aller à l’école.
  • Les mariages ou communiants en barque : oui, certains couples arrivaient à l’église… en ramant.

Et aujourd’hui ? Un patrimoine à préserver

famille qui ramasse des déchets dans le marais Audomarois

Le marais est fragile. Entre réchauffement climatique, pollution et urbanisation, il a besoin de respect et d’attention. Heureusement, de nombreuses initiatives existent pour le préserver :
• Tourisme doux (barques électriques, guides locaux)
• Projets pédagogiques
• Restauration des habitats naturels

Chez Au Bon Accueil, nous sommes fiers d’être éco-acteurs du marais Audomarois. Cela signifie que nous nous engageons concrètement pour la préservation de ce patrimoine unique, au quotidien.

C’est un lieu qui vit, mais seulement si on le protège.

Une immersion hors du temps

Visiter le marais de Saint-Omer, c’est sortir du monde moderne. C’est glisser sur l’eau, écouter le vent dans les roseaux, entendre le passé murmurer dans les courants. Que vous soyez curieux, amoureux de la nature, amateur d’histoire ou simple promeneur, ce lieu ne vous laissera jamais indifférent.

Envie de nature et de calme ?

Faune : Héron du Marais Audomarois
le marais escute Au Bon Accueil